Les nougats d’Ispahan

A la fin de la semaine dernière a commencé la fête de Nowrouz. Précisément en France le vendredi 20 mars 2015 à 23h45m11s et en Iran, samedi 21 mars 2015 à 02h15m11s.

Depuis le 23 février 2009, l’UNESCO a fait de Nowrouz une journée internationale figurant dans la liste du Patrimoine culturel immatériel de l’Humanité. Nous avons souvent eu l’occasion d’évoquer cette fête dans ce blog. Rappelons seulement que « Now » et « rouz » signifient respectivement « nouveau » et « jour ». Par ailleurs revenons rapidement sur les Haft Sîn (les sept « S ») ; il s’agit – nous avions maintes fois abordé ce sujet – de sept éléments dont le nom commence par la lettre « s » (sin dans l’alphabet persan). On les dispose sur la table et ils y restent jusqu’au 13e jour après le nouvel an. Voici quelques exemples :

Haft-SînImage : 7seen.com

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Âzâdi, Liberté…

Une belle idée lecture ! Lorsqu’il y a quelques temps j’ai appris l’existence du livre de Saïdeh Pakravan, je me suis empressé de me le procurer dans ma librairie favorite, « Au poivre d’Ane » (1).

Azadi

Publié par les éditions Belfond, j’ai d’abord été étonné par la sobriété de la couverture de ce roman. Presque bi-colore, on y distingue titre et nom de l’auteure ainsi qu’une représentation de la célèbre Tour Âzâdi de Téhéran, colorée de rouge et sur laquelle on distingue les yeux d’une jeune personne…

Voici ce que nous livre la quatrième de couverture :

Âzâdi signifie « liberté » en persan. Il y a ceux qui la rêvent et ceux qui en paient le prix.
Téhéran, juin 2009. Après des élections truquées, une colère sourde s’empare de la jeunesse instruite de Téhéran. Dans la foule des opposants la jeune Raha, étudiante en architecture, rejoint chaque matin ses amis sur la place Azadi pour exprimer sa révolte, malgré la répression féroce qui sévit. Jusqu’au jour où sa vie bascule. Après son arrestation, et une réclusion d’une violence inouïe, ses yeux prendront à jamais la couleur de l’innocence perdue…
Tout en levant le voile sur une psyché iranienne raffinée et moderne, sans manichéisme et avec un souffle d’une violente beauté, Azadi raconte de façon magistrale le terrible supplice de celle qui cherche, telle une Antigone nouvelle, à obtenir réparation. Et à vivre aussi… là où le sort des femmes n’a aucune importance.

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Elle s’appelle Paradise Sorouri

Paradise Sorouri est Afghane. Elle est surtout l’une des premières rappeuses afghanes ! Du rap au pays des talibans ? N’y aurait-il pas là comme un léger décalage ?… Continuer la lecture de « Elle s’appelle Paradise Sorouri »

Nouvel an des arbres

Le 15 janvier dernier, c’était la fête de Tou Bichvat « le quinze du mois de shevat » (« Tou » est en fait composé des lettres Tet et Vav dont la somme des valeurs numériques est 15). Le 15 shevat a lieu selon les années entre la mi-janvier et la mi-février.

« Il y a quatre dates de nouvel an. Le 1er Nissan, c’est le nouvel an des rois et des fêtes de pèlerinage. Le 1er Eloul, le nouvel an pour la dîme du bétail […]. Le 1er Tishri , le nouvel an pour les années, la shmita et le jubilé, pour les récoltes et les légumes.[…] Le 15 Shevat, le nouvel an des arbres. » (Mishna Rosh Hashana I, 1)

Tou Bichvat n’est pas un jour chômé. Il est actuellement considéré comme un jour joyeux au cours duquel on ne peut pas prononcer d’éloge funèbre ni observer de jeûne. Cette fête ne s’accompagne pas d’obligation particulière ; il est d’usage de consommer des repas de fruits.

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L’arbre est présent dans le judaïsme comme le montrent l’Arbre de vie et celui de la connaissance du Bien et du Mal. L’Arbre de vie symbolise la force de la vie et ses origines, l’importance des racines et le développement de la Vie. « L’arbre de vie s’étend du haut vers le bas et le soleil l’éclaire entièrement » (Zohar). L’Arbre de la connaissance du Bien et du Mal est une image allégorique du Livre de la Genèse suivant lequel Dieu planta dans le jardin d’Éden deux arbres mystérieux. « L’Éternel Dieu fit pousser du sol des arbres de toute espèce, agréables à voir et bons à manger, et l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal… L’Éternel Dieu prit l’homme et le plaça dans le jardin d’Éden… : ‘Tu pourras manger de tous les arbres du jardin ; mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car, le jour où tu en mangeras, tu mourras.' » (Genèse, II).

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Les arbres ont de tout temps figuré dans les diverses traditions au travers des âges. Dès la plus haute antiquité l’olivier était cultivé par les Perses (-12000) et par les Egyptiens (-6000), qui l’utilisent dans les soins du corps et les rites funéraires. Continuer la lecture de « Nouvel an des arbres »

Choix d’Iran…

Il s’en passe, des choses, en Iran…

Nous avions déjà évoqué les élections qui se sont déroulées dans ce pays récemment. Nous nous étions rendu compte que la notion de « modéré » était pour le moins relative aussi (une belle illustration : le dessin de Plantu un peu plus bas). Mais comment pouvions nous espérer des miracles alors que le système politique iranien est tel que le Guide suprême Ali Khamenei (élu pour huit ans, lui) détient des pouvoirs exorbitants ! En bref, c’est lui qui nomme la moitié des membres du Conseil des gardiens. Lui encore qui nomme ou révoque les cinquante-et-un membres du Conseil de discernement (qui décide la politique générale). Le Conseil des gardiens a quant à lui le pouvoir d’approuver ou de s’opposer aux lois du Parlement. Ce Parlement (Majlis) peut approuver ou refuser des ministres du gouvernement nommés par le Président Rohani.

Bref, le poids des religieux dans le système politique de la République islamique d’Iran est pour le moins énorme.

Or deux faits récents sont passés quasi-inaperçus.

D’abord, jeudi dernier, le Parlement – dans son vote de confiance des dix-huit ministres du gouvernement (ce vote se fait ministre par ministre et non globalement), a refusé trois nominations (principalement pour leur proximité avec le mouvement réformateur de 2009) : celles de Mohammad Ali Najafi (Education nationale), de Jafar Mili-Monfared (Science, Recherche et Technologie) et Massoud Soltani-Far (Sport et Jeunesse).

Par ailleurs, une élue suppléante du conseil municipal de la ville de Qazvin (ouest de Téhéran), Nina Siahkali Moradi, 27 ans, a vu son mandat invalidé car… cette municipalité « n’a nullement besoin d’un mannequin ». Oui, vous avez bien lu : la trop grande beauté de Nina Siahkali Moradi lui a été fatale… Ingénieur de formation et candidate de la jeunesse, elle avait pourtant rassemblé près de 100.000 suffrages et était arrivée 14ème sur 163 candidats !

Et vous souvenez-vous de cette histoire de « maillot » que nous évoquions début juillet qui traitait d’un « record de la natation non validé pour une tenue « pas assez conforme à la charia » ?… lham Asghari, l’Iranienne de 32 ans en question, avait nagé, le 11 juin dernier, pendant huit heures.

A l’instar du grand Philippe Meyer, célèbre mammifère omnivore, disons que nous vivons vraiment une époque moderne…

• L’article sur le site http://www.huffingtonpost.co.uk

Qui se soucie des Kurdes de Syrie ? [Courrier International]

Le Kurdistan a déjà fait l’objet d’un article en décembre 2010 sur ce blog. Nous y rappelions que le Kurdistan est un état qui n’avait pas vraiment d’existence officielle. La présence kurde définit une zone comprenant l’est de la Turquie, le nord-est de la Syrie, le nord et nord-est de l’Irak, ainsi qu’une partie de l’est de l’Iran.

Les choses ont évolué en Irak, nous l’avions espéré dans notre dernier article. Dans ce pays existe aujourd’hui la « Région autonome du Kurdistan », dans le nord du pays (la capitale en est Erbil ; régime : démocratie parlementaire). Le Gouvernement régional kurde dispose d’une force armée (les Gardes régionaux kurdes, appelés aussi Peshmerga). Son chef d’Etat est Massoud Barzani. Voici une vue générale du Kurdistan :

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Cette présentation faite, un article de Courrier International de la semaine dernière a attiré notre attention. Il titrait :

SYRIE – Les Kurdes, les oubliés du conflit ?

Signé par Amir Sharifi (président de la Kurdish American Education Society à Los Angeles), cet article a été publié originellement dans le journal Rudaw publié quotidiennement à Erbil. Il est précisé par Courrier International que « Rudaw s’intéresse aussi particulièrement à toutes les questions concernant les Kurdes, y compris hors d’Irak, en Iran, en Turquie et en Syrie.« 

Mais revenons à notre article. Car la problématique présentée en dit long sur ce qui se déroule en ce moment en Syrie, qui se situe – comme nous le constatons sur la carte – à l’ouest de la Région autonome kurde. Or, les frontières humaines ne correspondent pas forcément – loin s’en faut – à la réalité ethnographique sur le terrain. Un foyer kurde est présent, comme nous le précisions, en Syrie. Or, dans le conflit qui se déroule dans ce pays, des groupes armés affiliés à Al-Qaida « mènent des sièges et des offensives contre les comités de protection du peuple kurde (YPG, milice kurde) et tuent, kidnappent, dépouillent, séquestrent et torturent des civils comme des combattants. » (Source : Observatoire syrien des Droits de l’Homme). Ces exactions terribles, qui durent depuis l’hiver dernier ont connu une intensification depuis le 18 juillet dernier : « cette guerre de terreur s’est intensifiée, semant le pillage, la destruction et la mort.« 

Après avoir été blessé lors d’un bombardement à Alep, un homme kurde est soigné dans l’hôpital d’Afrin, le 9 avril 2013. (Photo AFP/ Dimitar Dilkoff)

Le journaliste met en avant des éléments incontestables qui tendent à prouver que le Qatar soutient financièrement et militairement des formations telles que la brigade Ahfad Al-Rassoul… Ceci dit, il est aussi précisé que le responsable de la branche syrienne du Parti des travailleurs (PKK) a été invité officiellement à Istanbul pour négocier sur l’autonomie kurde et sur le poids de la Turquie dans le conflit en Syrie. Et il semblerait que la Turquie serait en train de reconsidérer sa politique à l’égard des Kurdes de Syrie, voire à prendre ses distances avec Al-Qaida et ses fanatiques religieux.

Mais, dans le monde, nul ne semble s’inquiéter du sort des Kurdes de Syrie (ainsi que des autres communautés ethniques et religieuses présentes dans ce pays). Etats-Unis, Union européenne, ONU : silence radio. Les Kurdes « espèrent seulement que la communauté mondiale des droits de l’homme comprenne la situation difficile et les aspirations qui sont les leurs« 

Or une dépêche de l’AFP datée d’hier, le 10 août, fait état d’une menace du chef de l’Etat de la Région autonome du Kurdistan, Massoud Barzani, « d’intervenir dans le conflit syrien pour protéger la vie des civils kurdes de Syrie. » Disposant de sa propre force militaire, comme nous le disions, « la région du Kurdistan irakien mettra en oeuvre toutes ses capacités pour défendre les innocents », a affirmé M. Barzani. » afin de venir en aide aux Kurdes de Syrie.

Retrouvez l’article très riche de Courrier International

L’article original d’Amir Sharifi dans Rudaw (anglais)

Un ancien article d’août 2012 au sujet du film Kurde-Irakien « Les Murmures du Vent »

Rohani modéré ?

Ah le nouveau président de l’Iran ! Nous en parlions ici… La veille de son investiture, vendredi 2 août, il avait affirmé « qu’Israël était un corps étranger qui devait être extirpé de la région ». Si changement il y a, nous ne nous en sommes pas encore aperçus, tellement ça doit être subtil. C’est le peuple que je plains. Les femmes et les hommes de la rue. Les jeunes surtout, si nombreux dans la société iranienne… Ce peuple qui ne supporte plus de cette république islamique, qui n’a jamais tant espéré la Liberté… Pour en revenir à Rhoani, c’est Plantu qui en parle le mieux. Voici son dessin paru dans Le Monde du 6 août dernier :

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