Le sens des mots

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde », nous livre Albert Camus.

Le traitement par les médias des récents événements dramatiques que sont les vagues actuelles de migrations de réfugiés de Syrie, du Kosovo, d’Afghanistan, d’Albanie, d’Irak, du Pakistan, d’Érythrée, de Serbie, d’Ukraine, du Nigeria (les dix principaux pays d’origine des primo-demandeurs d’asile dans l’UE en 2015) est pour le moins inégal. Souvent, nous n’entendons parler que de « migrants ». Quand on sait combien un mot inadapté peut engendrer des conséquences fâcheuses, le moment est venu de nous questionner sur deux termes fréquemment évoqués en ce moment – ô combien malheureusement…Un migrant est une personne qui vit de façon temporaire ou permanente dans un pays dans lequel il n’est pas né. La migration est un déplacement du lieu de vie d’individus.

Un réfugié – au sens de la Convention relative au statut des réfugiés et des apatrides (dite « Convention de Genève ») – est une personne qui se trouve hors du pays dont elle a la nationalité ou dans lequel elle a sa résidence habituelle ; qui craint avec raison d’être persécutée du fait de sa « race », de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, et qui ne peut ou ne veut se réclamer de la protection de ce pays ou y retourner en raison de ladite crainte. Les personnes essayant d’obtenir le statut de réfugié sont parfois appelées demandeurs d’asile. Le fait d’accueillir de telles personnes est appelé asile politique.

Nous le constatons, l’emploi du terme « migrant » ou « migration » ne se réfère qu’à la notion de « déplacement », il ne concerne que l’arrivée de personnes dans un pays duquel elles ne sont pas originaires. On n’aborde donc ici que l’effet. L’utilisation de ces mots est par essence restrictive. Celles et ceux qui ne parlent que de « migrants » s’inscrivent ainsi dans cette logique de restriction du langage et de la pensée (consciente ou non), une restriction malheureuse.

L’évocation de « réfugiés », quant à elle, concerne bien évidemment la notion de migration (l’effet) mais tout en n’excluant pas, cette fois, la cause : pour être reconnu comme réfugié, au sens de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés – nous l’avions évoqué plus haut – l’individu requérant l’asile doit craindre d’être persécuté en raison de sa race, sa religion, sa nationalité, son appartenance à un certain groupe social ou en raison de ses opinions politiques, et pour ces raisons, il ne peut ou veut réclamer la protection de son pays de nationalité ou de résidence.

Migrer n’est pas qu’un simple acte de passage de frontières, mais plutôt un long processus qui affecte les vies des personnes impliquées. (Unesco.org)

Le sens des mots… Pensons-y.

N’ajoutons plus au malheur du monde.

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Laurent KAROUBY

Auteur : Laurent KAROUBY

Sur Twitter : @laurentkarouby

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